Rapport 13-201 - Centrale gaz de Cornaux, participation de Viteos

Création : mardi 12 mars 2013
En préambule, nous aimerions rappeler que la construction d’une éventuelle centrale à gaz à Cornaux n’est PAS du ressort de notre Ville et donc encore moins de Viteos.

La question de base qui était donc posée à la commission était de savoir, si cette centrale devait un jour être construite, quelle était notre position concernant une participation de Viteos au projet.

Je précise que le PLR ne se battra pas pour qu’une nouvelle centrale à gaz voie le jour à Cornaux.

Mais dans le contexte de la sortie du nucléaire, si un passage temporaire par le gaz devait être décidé par la Confédération, alors Cornaux pourrait représenter une solution pragmatique qu’il serait désolant de balayer par pur dogmatisme ceci d’autant plus qu’une centrale existe déjà à cet endroit !

Que l’on soit totalement contre ce projet, ne doit pas empêcher la commission de travailler correctement et surtout dans le respect des règles qui sont les nôtres.

Comme cela a été mentionné précédemment, l’article 129 de notre règlement précise clairement qu’un rapport de commission doit être formellement adopté par la commission pour, notamment, permettre le dépôt d’un rapport de minorité.

Il s’agit donc bien d’une règle et pas d’un simple usage comme certains commissaires l’ont prétendu pour tenter de rattraper le tir.

En publiant ce rapport sans en référer à la commission, le bureau a clairement outrepassé ses prérogatives et enfreint une règle fondamentale au fonctionnement de nos commissions.

Le non-respect du règlement est flagrant, pourtant le bureau a décidé de passé outre en conservant cet objet à l’ordre du jour, nous le déplorons.

C’est montrer bien peu de respect envers nos institutions et les membres de la commission.

Même si ce rapport n’a aucune légitimité, permettez-moi de m’exprimer sur la forme et sur le fond.

Outre l’aspect réglementaire évoqué précédemment, c’est également les contenus du rapport et de son annexe qui nous posent problème. Les prises de positions mentionnées aux points 5 et 6 du rapport sont claires et démontrent un rejet du projet de central et de la participation de Viteos.

Toutefois un rapport qui se veut d’information se doit refléter de manière correcte et objective les discussions qui ont eu lieu en mentionnant notamment certaines nuances et réflexions n’allant pas forcement dans le sens de la position majoritaire de la commission.

Hors force est de constater que ce rapport se « transforme » au fil des pages en véritable réquisitoire anti Cornaux.

Les aspects politiques ou toutes les remarques et nuances pragmatiques ou factuelles n’allant pas dans le sens « souhaité » sont curieusement absents du rapport. Nous n’acceptons pas cette manière de faire.

Ces manques que nous qualifierons diplomatiquement d’« oublis » sont multiples, je me contenterai ici de n’en citer que quelques-uns pour illustrer notre propos :

Au niveau politique, lorsque la commission s’est réunie le 27 novembre dernier, la position favorable de la Ville du Locle à la construction de Cornaux II était parfaitement connue. Hors cette prise de position, dont on ne peut nullement douter de l’importance dans l’optique de celle que doit prendre Viteos, n’est mentionnée nulle part.

En page 8, l’exemple du Japon et de Fukishima est cité pour indiquer qu’une baisse de la consommation électrique de 30% est possible afin de démontrer la non utilité de la centrale de Cornaux.

Le chiffre exact est plus proche de 20% (attention au mélange des chiffres !) mais il faudrait tout de même avoir l’honnêteté de mentionner, car cela a été relevé et dit en commission, comment et quels sacrifices ont été demandé aux japonais pour y parvenir.

Des coupures d’électricité sont régulièrement imposées aux habitants et des appareils électriques ont été interdits. Outre ces aspects de « confort », il aurait surtout été important de préciser que pour compenser le manque résultant de l’arrêt des centrales nucléaires, de grosses quantités d’énergie ont été importées de l’étranger et, plus important encore, que le Japon a réactivé et sollicité massivement ses centrales thermiques à gaz et au charbon.

L’arrivée à échéance des contrats d’appel nucléaires français dès 2020 n’est également mentionnée nulle part alors que nous en avons parlé suite à la présentation de M. Trachsel.  Ce manque qui représente un peu moins que l’équivalent de la production des deux plus grandes centrales nucléaires suisses (Gösgen et Leibstadt), 12TWh/an, il faudra bien le combler.

Enfin, et je terminerai par-là, toujours en page 8, il est précisé que la centrale de Cornaux risque fort d’avoir une très faible rentabilité, voire ne pas être rentable du tout car, il est possibilité d’acheter de l’électricité bon marché à l’étranger. Là aussi,  car cela a été dit en séance, il aurait été correct de préciser d’où provient principalement cette électricité bon marché et comment elle est produite.

Pour celles et ceux qui l’ignoreraient, sachez que cette électricité est produite principalement dans les centrales à gaz et à charbon d’Allemagne.
Au moment de s’alarmer de la production de CO2 de Cornaux II pour en refuser la réalisation, il nous  semblerait cohérent et surtout moins hypocrite de refuser tout approvisionnement électrique créant exactement les mêmes problèmes, mais ailleurs.

Ce ne sont là que quelques éléments pour dénoncer le caractère peu objectif du rapport que nous regrettons.

Nous le regrettons car OUI chers collèges, c’est bien d’objectivité et de pragmatisme - et non de dogmatisme – qu’il nous faudra pour réussir ce virage énergétique, véritable défi pour notre société.

Pour celles et ceux qui seraient tenter d’ignorer cette réalité, les résultats il y a deux semaines des votations du canton de Berne à propos de leur approvisionnement énergétique est on ne peut plus clair (*).

Pour conclure et revenir à l’échelle locale, rappelons une fois encore que la décision de construire ou non Cornaux II n’est pas du ressort de la Ville ou de Viteos. Si Cornaux II devait être construit, et que Viteos n’y participe pas, cela signifierait tout simplement que Neuchâtel ne serait pas représenté dans la société qui exploitera la centrale.

Nous nous trouverons alors dans une situation dans laquelle nous aurons tous les inconvénients sans avoir le moindre moyen décisionnel d’intervenir. Au-delà de la question énergétique globale et général, c’est bien ce point-là qui mérite réflexion.

Les Villes du Locle et plus récemment celle de La Chaux-de-Fonds ont bien compris cet enjeux puisqu’elles se sont prononcés, non pas pour encourager la mise en oeuvre de Cornaux II mais bien en faveur de la participation – et donc la possibilité de décider – de Viteos au projet si celui-ci devait voir le jour.

Etant donné le non-respect de notre règlement et le manque d’objectivité dans les arguments développés dans le rapport, le groupe PLR ne prendra pas acte d’un rapport qui n’aurait jamais dû être soumis au Conseil général dans ces conditions et vous invite à en faire de même.

Merci pour votre attention.
J. Zimmerli

*: Plus de 65% des citoyens ont refusé le 3 mars 2013 de renoncer au gaz et au mazout à moyen terme, au profit des énergies vertes, pour couvrir leurs besoins en électricité (plus d'info).