17-019 - Budget 2018

Création : jeudi 14 décembre 2017

Permettez-moi pour commencer de revenir un peu en arrière pour nous permettre de nous rendre compte de l’évolution des comptes de la ville. Le budget 2016 faisait état d’un résultat opérationnel négatif de plus de 8 millions de francs. Le budget 2017 d’un résultat opérationnel négatif de plus de 12 millions de francs. Le budget 2018 fait état aujourd’hui d’un résultat opérationnel négatif de plus de 18 millions de francs. De plus de 18 millions de francs ! 8 millions, 12 millions, 18 millions ! L’heure est grave Mesdames et Messieurs, et la dynamique très négative. La ville fait d’énormes pertes, et les mesures annoncées au niveau cantonal ne présagent guère d’améliorations pour les années à venir. Le plan financier 2018-2021 en p. 23 du budget non plus. Et tout cela, alors que la conjoncture économique n’est pas si mauvaise, alors que l’hiver n’est pas là.

A la lecture du budget 2018, on peut légitimement se demander si le Conseil communal a conscience de la situation ? Il aurait pu, il aurait dû, proposer des mesures d’économies. Il aurait pu, il aurait dû chercher à réduire ses charges de fonctionnement. Il en a eu le temps depuis plus de 2 ans que la situation s’est sérieusement péjorée. Le groupe PLR le lui demande depuis longtemps. Et la commission financière aussi le lui demande, depuis plusieurs années ! Et c’est là que cela devient le plus inquiétant. Fin 2015, la Commission financière invitait le Conseil communal à poursuivre les efforts de réduction du déficit opérationnel, pour atteindre l’équilibre. Fin 2016, elle mettait en garde contre le déséquilibre, appelait à corriger le tir dans les 4 ans à venir, et à commencer le processus dès les débuts de la période administrative. Une année entière s’est écoulée, et force est de constater que pratiquement rien n’a été fait en la matière. Une année encore de perdue. Fin 2017, soit ce soir, la Commission financière doit carrément proposer d’amender sérieusement le budget du Conseil communal pour se faire entendre! 

Au moment de discuter de ce budget, nous devrions parler des grandes lignes politiques et stratégiques de la commune, des actions envisagées par le Conseil communal dans l’intérêt public, des choix politiques effectués par le Conseil communal.  

Or, force est de constater que le principal choix politique effectué par le Conseil communal dans ce budget, c’est de ne pas changer son mode de fonctionnement, de ne pas économiser, de continuer comme en 14 en quelque sorte. Comme en 2014, la dernière année folle au niveau des rentrées fiscales. Ce choix a évidemment pour conséquence une augmentation importante de la dette et une fonte des réserves. Et ne pas changer aujourd’hui, c’est laisser aux suivants ou aux générations suivantes le soin, l’obligation de le faire. C’est leur laisser le sale boulot en quelque sorte. Ce n’est ni très courageux, ni très élégant. C’est peut-être en ayant agi de la sorte que d’autres entités publiques, proches et amies, se retrouvent aujourd’hui dans des situations telles, qu’elles se voient contraintes de couper d’urgence, drastiquement et pas forcément où il faudrait.

Vous l’aurez compris, le groupe PLR est déçu par ce budget 2018 qui nous est présenté, très déçu. Entre nous, il est même un peu en colère. Ce budget ne nous satisfait pas, même pas du tout. En l’état, nous le refuserons à l’unanimité.

Des mesures et des efforts ont été faits, me direz-vous. Oui, peut-être. Ils sont mentionnés en page 6. Mais en y regardant de plus près, on constate que ce sont en grande partie des mesurettes et des effets de manche. 

  • Modifier un écart statistique, comme le fait le CC sur les charges de biens et services ne rapporte pas un franc à la ville et ne lui coûte pas un franc de moins ! Cela enjolive le budget, mais ne change rien à la situation.
  • Augmenter l’impôt foncier, ce qui ne rapportera d’ailleurs pas grand chose, n’est pas un effort fourni par la Commune. Au contraire, c’est un effort supplémentaire demandé aux contribuables concernés.
  • Diminuer quelques subventions, c’est le seul choix quelque peu courageux qui ressort du budget. Mais les effets sont moindres.
  • Quant à la réduction proposée de l’allocation communale versée aux personnes âgées et aux invalides de conditions modestes, qu’en dire ? Chaque franc compte, bien sûr. Mais il compte tellement plus pour les personnes au bénéfice de prestations complémentaires, qu’on frôle l’indécence. On peut agir sans tabou, mais avec décence. Avant d’aller couper chez les plus démunis, le PLR demande que des efforts soient faits d’abord chez soi, soit sur les frais de fonctionnement de la Commune.

En résumé, on diminue des subventions, on augmente une taxe et on rabote chez les plus faibles. On prend donc chez les autres avant de faire le travail d’économie chez nous. L’exercice n’est pas satisfaisant, vous en conviendrez avec nous. Le groupe PLR remercie toutefois les dicastères ayant produit des efforts, notamment par une réduction des Biens-services et marchandises ou une réduction de personnel. 

Revenons encore sur quelques chiffres d’importance mentionnés dans ce budget :

1) 89 millions d’augmentation de la dette en 4 ou 5 ans (p. 24). Elle était à 300 millions encore tout récemment. Elle devrait augmenter à 389 millions. On n’a pas fait les efforts d’économie nécessaire, alors on emprunte. La ville vit à crédit. La Ville de Neuchâtel vivra à crédit encore plusieurs années. 30% d’augmentation de dette en si peu de temps, c’est énorme et inquiétant. Ce d’autant plus que la charge de la dette nous coûte CHF 10 millions de francs par an de moins qu’il y a qques années. Ces 10 millions devraient servir à rembourser la dette, ou du moins à faire en sorte qu’elle n’augmente pas, mais certainement pas à couvrir nos charges de fonctionnement. N’oublions pas en outre que les taux d’intérêts ne diminuent plus. Ils pourraient même remonter et nous jouer un très vilain tour à moyen terme. Notre conseiller communal en charge des finances nous a souvent répété ces dernières années que « qui paie ses dettes s’enrichit ». Que dire aujourd’hui si ce n’est que « qui s’endette s’appauvrit ».

2) 5,26 millions seulement de capacité d’autofinancement (p. 27). Vous admettrez que pour une ville comme la nôtre, avec de nombreux bâtiments et infrastructures à entretenir, c’est très peu. C’est trop peu. Et si les comptes se péjorent, ce chiffre risque de baisser encore dans les années à venir. 

3) 48 millions de francs da fortune nette  en 2018. Ce montant, qui a été augmenté suite la réévaluation des immeubles, est un leurre. La fortune nette est inutilisable pour investir, la fortune nette n’est pas de l’argent à disposition pour dépenser. Pas même un franc ne peut être sorti de la fortune nette pour un investissement ou le paiement d’un salaire. Que l’Hôtel de Ville soit comptabilisé au bilan pour 1, 5 ou 10 millions de francs, cela ne crée pas de nouvelle richesse à dépenser. Pour cela, la Ville est aujourd’hui contrainte d’emprunter. Et toute dépense supplémentaire augmentera inévitablement la dette. Mais même la fortune nette fond : 38 millions de francs sont prévus pour 2021, 10 millions de moins qu’actuellement, soit 20% sur 4 ans.

4) Le CC propose de puiser 8,5 millions dans la réserve conjoncturelle, alors que comme déjà dit, la conjoncture n’est pas si mauvaise. La Ville n’a pas spécialement un problème de revenus, elle a surtout un problème de charges. Et cela est connu depuis longtemps. La réserve conjoncturelle doit servir à couvrir des coups durs et inattendus, elle ne doit pas être un oreiller de paresse pour couvrir les charges courantes. Y puiser 4 millions pour couvrir le manque à gagner résultant de la votation sur l’impôt sur les frontaliers, d’accord. Mais pas plus.

5) 43,7 millions d’investissements envisagés pour 2018. C’est ambitieux, très ambitieux même vu les circonstances. Mais il y en a besoin. Les travaux sur le domaine public, sur le nouveau collège Terreaux Est, la collégiale, les bornes pour la zone piétonne, le cimetière, les vestiaires du Chanet et j’en passe, ces travaux doivent être effectués. Le PLR y adhère complètement, car comme déjà souvent répété, ce n’est pas dans les dépenses investissements qu’il faut économiser en priorité, mais dans les dépenses d’exploitation.

6) 1,5 millions de francs seulement de réduction des charges d’exploitation prévue sur 3 ans selon le plan financier en p. 23.  Ce n’est pas assez ! Par contre il est escompté des rentrées fiscales supplémentaires de 6,5 millions de francs. N’y aurait-il pas un peu de mauvaise volonté ou de naïveté dans ces chiffres ?

 

En conclusion, Le groupe PLR l’a déjà demandé et le répète avec force ce soir : des efforts sérieux de réduction du déficit opérationnel doivent impérativement être effectués. Les charges de fonctionnement doivent diminuer. Le Conseil communal doit étudier toutes les pistes possibles pour y parvenir, sans tabou. Le but n’est ni de diminuer les investissements, ni d’augmenter les impôts. Il faut à tout prix trouver des économies, au risque de pérenniser le déficit annuel tel qu’il nous est présenté pour 2018. Les comptes doivent être équilibrés au plus vite. Invoquer St-Nicolas de Flüe, comme le faisait le rédacteur d’un groupe politique récemment dans le Vivre la ville, pourrait ne pas suffire. 


La situation est regrettable, mais elle ce qu’elle est, et la Ville a besoin d’un budget pour fonctionner. Le groupe PLR en a conscience. S’il ne peut accepter la proposition de budget du Conseil communal, il est toutefois prêt, du bout des lèvres, à soutenir la proposition émise par la commission financière. Il se joint donc à elle pour amender le budget et demander au Conseil communal 2 millions de francs supplémentaires d’économies dans les charges de fonctionnement, et réduire sérieusement la ponction effectuée dans la réserve conjoncturelle. Il soutiendra donc à l’unanimité l’amendement proposé par la Commission financière, et acceptera dans sa grande majorité le budget, donc le projet d’arrêté 1, à condition qu’il soit amendé.

Pour le prochain budget, nous invitons  avec insistance le Conseil communal à proposer suffisamment tôt des économies substantielles dans les charges d’exploitation, économies à discuter en commission financière, afin que l’exercice équilibriste proposé cette année par la commission financière n’ait pas à être répété. Et nous invitons la commission financière à exercer une forte et saine pression sur le Conseil communal.

Finalement, en ce qui concerne les autres arrêtés proposés, ils seront tous acceptés, à l’exception de l’arrêté 9 visant à réduire l’allocation versée aux plus démunis. Quelques membres de notre groupe refuseront toutefois le projet 4 sur le subventionnement d’installations photovoltaïques, qui pourrait être réduit par souci d’économie selon eux, et le projet 5 augmentant l’impôt foncier, qui constitue un mauvais signal pour les entreprises concernées sur le territoire communal.

Je vous remercie de votre attention. 

Pour le groupe PLR au Conseil général
Alexandre Brodard