19-004: Comptes 2018 de la Ville de Neuchâtel

Création : jeudi 20 juin 2019

En football, notre club de cœur à tous, Neuchâtel Xamax, a réussi un magnifique exploit il y a 2 semaines. Il a comblé un déficit de 4 buts en 90 minutes pour se maintenir dans l'élite du football national. Après la cuisante défaite subie à domicile, la situation était pour le moins préoccupante. L'objectif avait alors le mérite d'être clair : remonter 4 buts en 90 minutes. Comment Xamax a-t-il réalisé cet exploit ? Avec une volonté à toute épreuve, et un travail de tous les instants. Et un brin de chance il faut l'avouer. Un moment inoubliable pour tous les fans de football de la région. Bravo au passage à cette magnifique équipe.

Quel rapport avec les comptes de la Ville me direz-vous ? Et bien il est simple. La Ville de Neuchâtel se trouve également depuis 3-4 ans dans une situation pour le moins préoccupante : un déficit structurel annuel d'au moins 8 millions de francs. La Ville s'est donc logiquement également fixé un objectif clair : atteindre l'équilibre financier durant la législature en cours. Pour l'atteindre, il ne s'agissait évidemment pas de marquer 4 buts, mais de réaliser 2 millions d'économies structurelles par an sur 4 ans, donc 8 millions au total. Cet objectif, ce n'est pas uniquement celui du PLR. C'est tout d'abord celui fixé par la commission financière, qui demandait il y a deux ans déjà de corriger le tir dans les 4 ans à venir, mais également celui du Conseil communal lui-même, qui s'est engagé à présenter des comptes équilibrés dans le cadre de la fusion à venir.

 

Plus de deux ans sont passés depuis lors. Nous sommes donc au minimum à la mi-temps. Pour rappel, Xamax menait déjà 3-0 à ce moment, il respectait donc à la lettre le plan de bataille établi. Où en est de son côté la Ville de Neuchâtel, alors que la mi-législature est déjà passée depuis plusieurs mois? Toujours à 0-0. Toujours à plus de 8 millions de déficit structurel donc. Tout reste à faire et c'est pour le moins inquiétant. Nous en sommes presque à nous demander s'il ne faudrait pas essayer de contacter Stéphane Henchoz pour le mettre à la barre, mais comme vous le savez, il n'est plus disponible. Il reste donc à espérer que le retour de Facchinetti à la Présidence constitue un signe pour la Ville et produise la réaction espérée.

 

Mesdames et Messieurs, cette comparaison avec Xamax ne vaut évidemment que ce qu'elle vaut. Mais il y a un élément sur lequel nous devrions au moins tous être d'accord : si l'on fait abstraction de la réévaluation des actions Viteos pour plus de 8 millions de francs, réévaluation purement comptable, les comptes de la Ville présenteraient un déficit de 8 millions de francs. La Ville connaît ainsi au minimum un déficit structurel de 8 millions de francs par an. Impossible de le chiffrer plus précisément, certains l'estiment plutôt à 10 millions, tant les artifices comptables et autres mouvements d'écritures contenus dans les comptes 2018 qui nous sont présentés rendent leur lecture compliquée.

 

Le groupe PLR n'est évidemment pas satisfait de cette situation, à plusieurs titres :

1) Les quelques efforts réalisés par le Conseil communal sur le plan financier pour redresser la barre sont largement insuffisants. Nous ne pouvons évidemment pas nous satisfaire de la légère amélioration réalisée par rapport au budget, du moment que le budget 2018 n'était lui-même absolument pas satisfaisant aux yeux du groupe PLR. Ce n'est pas avec des mesurettes que la Ville retrouvera l'équilibre financier réel (et pas seulement comptable) qu'elle vise. Le conseil communal, et peut-être plus particulièrement la majorité de gauche du Conseil communal, doit faire preuve d'une volonté à toute épreuve, et d'un travail de tous les instants pour parvenir à remonter la pente. Cette volonté manque cruellement à nos yeux à la lecture des comptes.

 

2) La réévaluation des actions Viteos est à double tranchant. Si elle permet aujourd'hui au Conseil communal de présenter des comptes équilibrés, elle ne constitue aucunement un gain réel, tant la Ville n'est pas prête à les vendre pour réaliser ce gain. De plus, ces actions pourraient prochainement devoir être réévaluées à la baisse avec l'ouverture du marché, ce qui pourrait générer une perte comptable importante et entraîner un lourd déficit comptable.

 

3) La dette reste stable à 300 millions de francs, mais nous ne pouvons évidemment pas nous en réjouir. En effet, la seule raison à cela tient au fait que quelques 20 millions d'investissements budgétés n'ont pas été réalisés. Si ceux-ci l'avaient été, la dette aurait augmenté d'autant. A ce sujet, nous remarquons en passant que le coût de la dette, soit la charge d'intérêts, a encore diminué de CHF 720'000.- par rapport à l'année dernière, uniquement en raison des taux historiquement bas. Par rapport à il y a une dizaine d'années, le poids de la dette s'est réduit d'environ 10 millions de francs. Le principe de précaution voudrait qu'en période de taux bas, l'on amortisse plus en prévision d'années plus difficiles, tout banquier vous le dirait. Or que fait la Ville de ces 10 millions ? Elle les dépense plutôt que d'amortir sa dette, contrainte qu'elle est par ses dépenses structurelles trop importantes.

 

4) Le niveau des investissements, de 15,5 millions alors que le budget prévoyait 34 millions, est également un sujet d'inquiétude pour le groupe PLR. Il montre malheureusement que la Ville n'a pas les moyens de ses ambitions. Si le Conseil Communal ne parvient pas à améliorer les comptes de la Ville, comment envisager pouvoir financer les gros projets à venir? Pour rappel, des crédits de plusieurs dizaines de millions ont déjà été votés (p. ex. pour la STEP, la station de Champ-Bougin, le Temple du bas, le Chanet, le parascolaire de Serrières, le cimetière, etc.). Et plusieurs dizaines de millions seront nécessaire pour des projets à venir comme les Jeunes-Rives et les collèges des Parcs, de Vauseyon, des Charmettes notamment. Avec la capacité d'investissement actuelle, comment réaliser ces projets sans faire exploser la dette ?

 

5) Autre sujet d'inquiétude : la baisse des rentrées fiscales, associée à la baisse du nombre d'habitants. Au niveau des personnes physiques, cette baisse amène à un constat malheureux, celui d'une paupérisation des habitants de la Ville. Où en est donc la politique de domiciliation du Conseil communal ? Pour inverser cette tendance négative, il convient de s'atteler à attirer des bons contribuables, par le biais d'une politique de domiciliation active. Et pour cela, promouvoir les coopératives d'habitation et autres projets visant la mixité sociale ne suffit pas. Il faut également promouvoir de purs projets de haut standing. Comme sur notre terrain rue Jeanne de Hochberg notamment, idéalement située, et pour lequel le dossier semble s'enliser. Nous demandons ainsi au Conseil communal qu'il soit beaucoup plus actif en la matière.

 

Concernant les personnes morales, le départ de bons contribuables, un en particulier, pèse malheureusement également sur les comptes. De même, la baisse des impôts provenant d'une grande entreprise qui fait toussoter, fait malheureusement aussi toussoter nos comptes. Attirer des entreprises, dont les impôts représentent un tiers des rentrées fiscales, doit donc également faire partie de la politique de domiciliation du Conseil communal.

 

Ces cinq principaux points négatifs ayant été relevés, points qui nous font vivement craindre le budget 2020, nous souhaitons malgré tout mentionner que beaucoup de belles choses se sont faites en 2018 et se font encore en 2019 à Neuchâtel. Peu de villes de taille comparable, voire peut-être aucune, peuvent se targuer d'offrir la qualité de vie présente à Neuchâtel et de proposer une aussi belle offre culturelle, sportive, musicale, éducative et festive que celle mise à disposition de la population neuchâteloise. Des festivals en pleine expansion, des théâtres au riche programme, des clubs de sport au sommet de leur art, des fêtes, concerts et autres manifestations magnifiques au centre-ville ou ailleurs, comme tout récemment l'arrivée d'une étape du Tour de Romandie et les 40 ans de la zone piétonne, ou chaque année la fête des Vendanges, et j'en passe évidemment beaucoup, sont aussi le résultat d'une politique qui porte ses fruits.

 

L'offre en matière d'accueil pré- et parascolaire fait l'envie des parents de nombreuses communes alentours. Bravo et merci. Et les différents services rendus à la population par tous les services communaux sont de qualité, nous le reconnaissons volontiers. Même si Neuchâtel dépense trop à nos yeux, une grande partie des dépenses consenties apporte une réelle plus-value pour la population. Nous profitons ainsi au passage de remercier vivement l'ensemble du personnel communal pour son engagement fidèle au service de la population et de la commune. Engagement sans lequel toutes ces réalisations ne seraient pas possible.

 

Au niveau des comptes à proprement parler aussi, l'on peut relever quelques points positifs. Quelques économies ici et là, et en particulier l'importante réorganisation intervenue au service de la sécurité, qui porte déjà ses fruits aujourd'hui sur le plan comptable au niveau des charges de personnel et des Biens-services-et marchandises, et le fera c'est certain à l'avenir encore. Les directeurs des autres dicastères sont priés de prendre exemple. Il n'est pas possible de réaliser des économies uniquement et toujours dans la même direction. Tous se doivent de tirer à la même corde. S

 

En conclusion, nous nous voyons malheureusement contraints, encore une fois, demander avec force que des efforts sérieux de réduction du déficit structurel soient effectués et que l'étude des missions et prestations de la Ville, visant à déterminer où des économies sont possibles et le plus prometteuses, avec l'aide de la commission financière, soit enfin réalisée. Les charges de fonctionnement de la ville doivent diminuer. Il n'y a pas d'autre moyen pour atteindre l'équilibre financier.

 

"Là où il y une volonté, il y a un chemin", aurait dit Churchill il y a de cela quelque temps maintenant. Churchill est passé, sa citation est restée, et est surtout toujours parlante. Moins il y a de volonté, plus le chemin sera long et difficile. Le but est et reste pourtant le même : atteindre l'équilibre à la fin de la législature, fin de législature qui pourrait correspondre à la fusion avec nos voisines.

 

Pour terminer, la position du groupe PLR sur les projets d'arrêtés 2, 3, 4, et 5 sera la suivante: ils seront tous acceptés à l'unanimité, ou à une très large majorité. Nous précisons toutefois que notre acceptation des 3 arrêtés de préfinancement ne préavise aucunement la position du groupe sur les projets eux-mêmes et les rapports y relatifs quand ils nous seront soumis.

 

En ce qui concerne le classement de la motion PLR 309, qui demandait au Conseil communal d'étudier le quartier de la gare en fonction de l'évolution de ses missions actuelles et futures, et cela en étroite relation avec les autres grands projets urbanistiques de la Ville, nous le refuserons et vous invitons à en faire de même. En effet, les mesures en voie d'être étudiées que constituent le prolongement au nord du sous-voie de la gare et la nouvelle passerelle au-dessus des voies, n'y répondent que très partiellement, vous en conviendrez.

 

Finalement, pour ce qui est du projet d'arrêté I, donc des comptes 2018 de la Ville à proprement parler, notre groupe l'acceptera à l'unanimité, malgré son mécontentement. Nous ne voyons en effet pas l'utilité de demander au Conseil communal de recompter ses dépenses, cela n'aurait pas de sens.

Je vous remercie de votre attention.

Pour le groupe PLR au Conseil général
Alexandre Brodard