Hommage à Valérie Garbani

Création : lundi 29 juin 2009

Portrait de Valérie Garbani en fumeuse de Gitanes

« Elle est une fumeuse de Gitanes
Pour cette dernière fois elle veut
Encore se voir briller dans nos yeux
Aimez-la nom de Dieu »

Excusez mon blasphème, M. le Président. J'ai voulu placer cette paraphrase d'une chanson de Gainsbourg en introduction de ce discours, comme une note de fond qui m'a accompagné dans la rédaction de ce portrait que j'ai donc intitulé « portrait de Valérie Garbani en fumeuse de Gitanes ».

Un portrait en clair, où je pourrai déclamer la liste de vos mérites Valérie, souligner votre côté déterminé, entraînant, de vraies qualité de femme d'exécutif, qui sait trancher sans atermoiements. Je pourrai aussi souligner une vraie ouverture d'esprit et une volonté de bousculer les positions figées qui, associés, permettent de comprendre les problèmes et d'y apporter des réponses directes, sans a priori idéologique. En comparaison des quelques pousses au discours bien-pensant élevées dans les cultures socialistes que nous aurions pu croiser dans ces murs, cette fraîcheur et cette indépendance d'esprit nous ont plu, je dirais même soulagés. Nous avons pu nous féliciter d'un vrai échange en commissions et en séances préparatoires, et oublier l'ennui des arguments trop souvent ressassés sur le consensus, le développement durable, l'égalité des chances, les processus décisionnels participatifs, et j'en oublie.

Mais voilà, vous êtes la spécialiste du paradoxe, ou du jusqu'au-boutisme, je ne sais pas. Cette même indépendance, cet esprit de contradiction dont vous avez fait preuve dans vos rangs, vous les avez poussés à vous-même sous une forme plus déconcertante. La contradiction est devenue provocation, et le portrait s'est fait plus obscur, avec une pointe bien affutée d'auto-destruction. Si on voulait l'exprimer autrement, en langage rock'n'roll, on dirait destroy, et ça donne un genre qui se marie bien avec la Harley. En politique, on appellerait ça dépasser les bornes, et ça fait les choux de ses adversaires, un peu, et des medias, beaucoup.

En réfléchissant à comment j'allais m'adresser à vous, Valérie, j'ai longtemps hésité: le vouvoiement est de mise dans le cadre du Conseil général, mais bon, ne peut-on pas s'autoriser un peu de familiarité, de complicité, pour s'adresser à la personne qu'on avait tutoyée après 3 ou 4 séances? Ne ressent-on pas spontanément avec vous une proximité qui nous pousse à vous donner du Valérie-tu dès les premières rencontres ?

C'est que, moins que personne à ce jour, vous n'avez voulu, ou pu tracer les limites entre votre personne et votre rôle, entre votre spontanéité naturelle et le personnage public assorti de la réserve que sa fonction impose.
Et un soir ou l'autre où il aurait mieux valu faire valoir la retenue de la Conseillère Communale, vous avez joué Valérie, jusqu'au bout.
Et c'est là que me revient cette petite mélodie
« Je ne suis qu'une fumeuse de Gitanes, que veux-tu c'est ainsi ».

Pour ne rien arranger, vous vous êtres trouvée dans une conjonction détonante entre votre nature directe, voire candide, et un insatiable besoin de mise en scène de la vie privée des gens que l'on retrouve aujourd'hui dans certains medias.
C'est ainsi qu'après les tentatives sûrement bien intentionnées mais maladroites de la presse locale de minimiser, voire de couvrir quelques débordements - que chacun connaissait - sont entrés en jeu les vrais pros de l'info, ceux qui on flairé une bonne cliente et qui savent que tout peut être donné, ou plutôt vendu, à voir et à entendre.
Je ne sais pas comment décrire ce qui a suivi, sauf que nous tous, et vous-même, avons complètement été dépassés par cette mise en vitrine. La confusion a été totale. Les faits n'importaient plus. Tout n'était que prétexte à susciter prises de positions politiques ou morales, à publier des élans de sympathie ou d'hostilité. Il n'y avait plus un personnage public dont les actes et les dires devraient être jugés pour tels et une personne dont la vie privée demandait à être respectée: Il n'y avait plus que l'actrice maintenant involontaire d'un show qui se déroulait dans notre ville et sur lequel chacun se sentait toute légitimité de se prononcer.
Ne manquaient que la caméra dans la salle du Conseil communal et dans votre cuisine. Votre vie ne vous appartenait plus.

Maintenant qu'en quittant cette fonction, vous indiquez clairement vouloir reprendre le contrôle de votre vie privée, j'ai choisi. J'ai choisi d'utiliser un vous qui prenne acte de cette volonté, un vous qui impose une distance, un vous manifeste contre ceux que Mitterrand (François, pas Frédéric) appelait les chiens, les chiens qui pourraient encore être tentés de croire qu'ils pourront exposer à votre sujet ce que légitimement chacun et chacune doit pouvoir garder pour soi.

Voilà Valérie, vous avez écrit dans ces 5 années une histoire mouvementée : belle par instants, plus sombre parfois, forte et captivante souvent. S'est dégagé de vous un portrait attachant mais paradoxal, avec ses éclats et ses zones de flou.
Le plus troublant à mes yeux a été l'application que vous avez démontrée à malmener votre image, celle de membre d'exécutif d'abord, puis de socialiste ensuite, comme si vous aviez cherché à vous aliéner un à un les supports qui vous étaient acquis.
Si le camarade moyen n'aura eu à faire que peu de violence à sa nature pour justifier vos débordements contre la maréchaussée, il ne s'en trouva que peu pour évoquer l'épisode, réel ou prétendu, des propos peu amènes tenus à un serveur de bar, propos relevés - tabou suprême dans les valeurs de gauche - d'un soupçon de stigmatisation des minorités. buy viagra online
Connaissant vos origines, l'épisode touche à l'absurde, ou à la dérision totale, c'est selon.

Contradiction et paradoxe, là encore. Et toujours il me semble entendre au travers de ces épisodes déconcertants une voix voilée par la fumée des Gitanes qui sans détour nous enjoint :

« Aimez-moi, nom de Dieu ».

 

Jean-Charles Authier